[Grammaires Créoles] Alina McLellan (U. Manchester)

21
mar.
14h00
15h00
Les relatives libres en créole réunionnais : structure et interprétation

visioconférence & Pouchet Salle 159

Alina McLellan (U. Manchester)
Les relatives libres en créole réunionnais : structure et interprétation

Cet exposé porte sur les relatives libres en réunionnais : comment elles sont construites et quelles sont leurs interprétations possibles. Je m’interroge sur la possibilité d’une interprétation « free choice » (cf. par exemple, Caponigro, Torrence et Zavala 2020 ; Šimík 2020), comme les relatives de type « -ever » anglais.

Les relatives libres les plus fréquentes en réunionnais sont celles formées avec sak ou ses plusieurs variantes sat, sét, sék et sad (des variantes phonologiques selon Armand 2014, Watbled 2021, entre autres), qui peuvent faire référence aux humains et non-humains. 

  1. Ti-Pierre           té         i         agard              trankilman       [sak     té            i         espas]

        petit-Pierre     ipfv     fin       regarder           tranquillement PRO     ipfv       fin       passer

‘Petit Pierre regardait tranquillement ce qui se passait.’

Dans plusieurs langues, les pronoms qui se trouvent dans les relatives libres sont identiques aux pronoms interrogatifs. Pourtant, sak et ses variantes ne sont pas des pronoms interrogatifs ; sak semble être originaire d’une relative « light-headed » dans le sens de Citko (2004), composée d’un démonstratif sa et un marqueur relatif k. Je vais aborder la question si ces relatives sont toujours « light-headed » du point de vue synchronique.

Dans une deuxième partie, je m’interroge sur l’acceptabilité des pronoms interrogatifs dans les relatives libres réunionnaises. Je me concentre sur les conditions d’acceptabilité de kisa ‘qui’ et kosa ‘quoi’, qui est très restreinte. J’argumente que kisa et kosa sont acceptés beaucoup plus facilement dans les relatives libres qui ne fonctionnent pas comme sujet de la phrase, comme (2), par exemple.

  1. Zot         i           pé                  invit     kisa      zot       i          vé.

         3pl         fin       pouvoir            inviter PRO    3pl      fin       vouloir

‘Ils peuvent inviter qui ils veulent.’

A partir des données d’interview d’un travail de terrain qui est toujours en cours, j’avance l’hypothèse que, au moins pour kisa, ce n’est pas seulement la syntaxe qui impose des restrictions sur son acceptabilité dans les relatives libres : ce pronom semble favoriser une interprétation sémantique de « free choice ». Je vais comparer les possibles interprétations de kisa et kosa avec celles de sak, proposant qu’avec sak on a affaire à une ambiguïté entre une interprétation spécifique et une interprétation « free choice ». 

Références

  • Armand, Alain. 2014. Dictionnaire Kréol Rénioné-Français. Epica Editions : Saint André.
  • Caponigro, Ivano, Harold Torrence et Roberto Zavala. 2020. Headless Relative Clauses in Mesoamerican Languages. Oxford University Press.
  • Citko, Barbara. 2004. On headed, headless and light-headed relatives. Natural Language & Linguistic Theory, 22 (1), pp.95-126.
  • Šimík, Radek. 2020. Free Relatives. In: Daniel Gutzmann, Lisa Matthewson, Cécile Meier, Hotze Rullmann, and Thomas Ede Zimmermann (eds.), The Wiley-Blackwell Companion to Semantics.  Wiley-Blackwell.
  • Watbled, Jean-Philippe. 2021. Essais de créolistique indianocéanique. Presses Universitaires Indianocéaniques