[Grammaires Créoles] Isabelle Barrière (Molloy College) / Pascal Vaillant (U Paris 13)

Titre: 
L’acquisition de l’accord sujet-verbe / GNs en créole martiniquais et alternance codique
Date: 
Lundi 17 Janvier 2022 - 14:00 à 17:00
Lieu détaillé: 

visioconférence

Description: 

Voici le nouveau lien zoom pour la séance
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Meeting ID: 940 4451 4041
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Isabelle Barrière (Molloy College, New York)

L’acquisition de l’accord sujet-verbe dans différentes variétés d’anglais et d’espagnol chez les monolingues et les bilingues: effets distincts de la fréquence et de l’optionalité des suffixes

De nombreux travaux sur l’acquisition de la langue maternelle ont débattu du rôle de la fréquence des structures morphosyntaxiques sur l’acquisition.  Par ailleurs les travaux récents sur l’anglais africain-américain ont montré que les affixes comme la marque d’accord sujet-verbe à la troisième personne du singulier qui est optionnelle et rare en anglais africain américain n’est pas systématiquement produite par les enfants entre 3 et 5 ans qui acquièrent cette variété d’anglais (e.g. Newkirk & Green, 2006).  En ce qui concerne l’espagnol, les études sur les adultes ont montré que la marque d’accord de la troisième personne du pluriel qui se termine avec le /-n/ est systématiquement réalisé en espagnol mexicain alors qu’en espagnol dominicain dans lequel les consonnes en coda ne sont pas systématiquement prononcées, cette marque d’accord est quelquefois omise (Lipski, 2008).  Afin de distinguer les effets de fréquence des effets d’optionalité, nous avons recueilli des données de compréhension de l’accord chez quatre groupes d’enfants entre 3 et 5 ans :

  • (i)      Des monolingues (N=26) qui acquièrent des variétés différentes d’anglais (e.g. africain-américain, antillais) à New York;
  • (ii)     Des bilingues (N=43) à New York qui sont surtout exposés à l’espagnol mexicain dans leurs foyers et à l’anglais à l’école maternelle
  • (iii)    Des monolingues (N= 91) au Mexique qui acquièrent l’espagnol mexicain ;
  • (iv)    Des monolingues (N= 31) en République Dominicaine qui acquièrent l’espagnol dominicain.

Les résultats obtenus sur les anglophones monolingues confirment l’effet de la variation dialectale documentée dans les études de production, y compris chez les enfants exposés à des variétés différentes qui fréquentent les mêmes classes.  Les résultats obtenus sur l’anglais chez les bilingues confirment que la plupart d’entre eux acquièrent une variété d’anglais qui diffère de l’anglais américain général (Barrière et al., 2019).  Les résultats obtenus sur l’espagnol montrent que les deux groupes d’enfants- monolingues et bilingues- exposés à l’espagnol mexicain comprennent les marques d’accord dans plusieurs types de phrases (Gonzalez-Gomez et al., 2017, Hsin et al.  Sous presse).  En revanche, les monolingues qui acquièrent l’espagnol dominicain ne comprennent pas systématiquement la marque d’accord de la troisième personne du pluriel, bien qu’il soit plus exposé à l’espagnol que les bilingues du même âge qui acquièrent l’espagnol mexicain.  Nous discuterons de ce que ces résultats signifient en ce qui concerne les rôles distinctifs de la fréquence et de l’optionalité des marques fléchies sur l’acquisition.

Travaux subventionnés par la National Science Foundation- Bourses BCS-1251707 and 1548147 attribuées à Géraldine Legendre and Isabelle Barrière et SMA #1659607 attribuée à Isabelle Barrière et une bourse Agence Nationale de la Recherche (R-10-LABX-83)  Laboratoire d’excellence Fondations Empiriques de la Linguistique (LABEX EFL) attribué à Thierry Nazzi.


Pascal Vaillant (U Paris 13)
Observations sur des groupes nominaux en créole martiniquais manifestant de l'alternance codique avec le français

L'annotation d'un corpus d'émissions radiophoniques en créole martiniquais, enregistrées en 2005, fait apparaître de multiples alternances entre créole et français, notamment, sans surprise, lorsque les locuteurs abordent des domaines techniques ou administratifs.
J'ai focalisé mes observations sur un ensemble d'exemples de groupes nominaux, car la structure de ceux-ci présente des différences fondamentales en français et en martiniquais (notamment en ce qui concerne la position des déterminants défini et démonstratif).
Une tentative d'analyse de la structure des exemples révèle qu'il est très difficile de trouver un ensemble de règles simples régissant la logique d'apparition des points d'alternance, que ces règles soient formulées en termes de contraintes sur l'enchaînement linéaire des constituants (comme chez Sankoff et Poplack , 1981), ou même sur la structure syntaxique (comme chez Belazi, Rubin et Toribio, 1994).
Des perspectives plus éclairantes sont offertes par la prise en compte de l' «histoire générative» des séquences observées, comme dans la théorie du cadre de la langue matrice (Matrix Language Frame) de Myers-Scotton (1993) et ses différentes reformulations.
Dans cette analyse des, suivant Mahootian (1993) j'utilise les outils analytiques de la théorie des grammaires à adjonction d'arbres (TAG: Tree Adjoining Grammars) pour représenter l'histoire dérivationnelle des phrases. Il apparaît ainsi qu'une structure présentant apparemment (au moins) une double alternance, comme :

ni          an           serten nomb    de        faktè
AVOIR INDF.SG certain nombre de[FR] facteur
"il y a un certain nombre de facteurs"

s'explique plus simplement comme résultant de l'adjonction d'un « quasi déterminant » français (un certain nombre de N-comptable) dans une phrase de base en martiniquais (ni faktè = "il y a des facteurs").
La proximité de nombreux items lexicaux des deux langues semble faciliter une relative flexibilité dans la réalisation phonologique de la forme de surface, dans ce qui est décrit par Muysken (2000, 2013) comme une stratégie de lexicalisation congruente.

Références

  • Hedi M. Belazi, Edward J. Rubin & Almeida Jacqueline Toribio. 1994. Code-switching and X-Bar theory: The Functional Head Constraint. Linguistic Inquiry 25(2). 221-237.
  • Shahrzad Mahootian. 1993. A null theory of codeswitching. Evanston, IL: Northwestern University Ph.D. Dissertation.
  • Pieter Muysken. 2000. Bilingual Speech. A Typology of Code-Mixing. Cambridge: Cambridge University Press.
  • Pieter Muysken. 2013. Language contact outcomes as the result of bilingual optimization strategies. Bilingualism: Language and Cognition 16(4). 709-730.
  • Carol Myers-Scotton. 1993. Duelling Languages: Grammatical Structure in Codeswitching. Oxford: Oxford University Press.
  • David Sankoff & Shana Poplack. 1981. A formal grammar for code-switching. Papers in linguistics: International Journal of Human Communication 14(1). 3-45.