16h00
(UAR Pouchet, salle 124)
Titre de la présentation: Un lexique pluriel mais une syntaxe universelle : Représentations sociolinguistiques dans la standardisation de la LSF
Résumé
Cette communication s'inscrit dans le cadre de ma recherche doctorale en cours qui porte sur la standardisation de la Langue des Signes Française (LSF) et les représentations sociolinguistiques qu'elle véhicule. La présentation se concentre sur l'analyse d’outils de grammatisation (grammaires, dictionnaires et manuels d'apprentissage) tels que les définit Auroux (1992) : les instruments techniques qui transforment une langue en objet de savoir. Comme le soulignent Milroy (2001) et de Quadros & Rathmann (2021), la standardisation ne relève pas uniquement du domaine linguistique : elle est traversée par des enjeux politiques, sociaux et idéologiques, particulièrement sensibles pour les communautés linguistiques minorisées.
La présentation teste l'hypothèse suivante : les outils de grammatisation de la LSF n'accordent pas le même traitement à la variation lexicale et à la variation syntaxique ; la première est valorisée tandis que la seconde est peu thématisée. Pour ce faire, nous nous appuyons sur une analyse thématique manuelle d'un corpus de 29 outils de grammatisation de LSF.
L'analyse, encore en cours, permet déjà d'observer au sein de plusieurs outils une hiérarchisation des formes linguistiques. La variation lexicale, surtout régionale, est discursivement valorisée, bien que rarement représentée. En revanche, les discours relatifs à la syntaxe suivent une autre dynamique. Il est en effet rarement question de variation mais plutôt d’homogénéité syntaxique. Dans certains ouvrages, cette homogénéité dépasse les frontières de la LSF et concerne l’ensemble des Langues des Signes (LS). Ce type de discours est parfois légitimé par la chaîne argumentative suivante :
S/sourds ↔ pensée visuelle ↔ syntaxe spatiale en 3D → spécificité des LS
La causalité de cette chaîne varie selon les outils (illustrée par la double flèche). La pensée visuelle y est tantôt une propriété des S/sourds, tantôt une conséquence de la modalité visuo-gestuelle, ou même les deux simultanément ; révélant une argumentation qui tend à naturaliser le lien entre identité sourde et organisation syntaxique de la LSF ou des LS.
Nous interprétons ces discours à la lumière des concepts de Deafhood (Ladd, 2003), de Deaf gain (Bauman & Murray, 2009) et d'essentialisme stratégique (Ladd, 2015), afin de comprendre les dynamiques sociolinguistiques à l'œuvre dans le processus de standardisation de la LSF.
Références
Auroux, S. (1992). Introduction. Le processus de grammatisation et ses enjeux. Histoire des idées linguistiques, 2, 11–64.
Bauman, H-D., & Murray, J. (2009). Reframing: From hearing loss to Deaf gain. Deaf Studies Digital Journal, 1(1), 1–10.
Ladd, P. (2003). Understanding Deaf culture: In search of Deafhood. Multilingual Matters.
Ladd, P. (2015). Global Deafhood: Exploring myths and realities. In M. Friedner & A. Kusters (Eds.), It's a small world: International Deaf spaces and encounters (pp. 274–286). Gallaudet University Press.
Milroy, J. (2001). Language ideologies and the consequences of standardization. Journal of Sociolinguistics, 5(4), 530–555.
de Quadros, R. M., & Rathmann, C. (2021). Sign language standardization. In W. Ayres-Bennett & J. Bellamy (Eds.), The Cambridge handbook of language standardization (pp. 765–788). Cambridge University Press.